Andasibe : 15 journalistes en immersion pour enquêter sur l’environnement

Du 14 au 20 juin 2026, la réserve naturelle d’Analamazaotra, à Andasibe, est devenue le terrain de travail de 15 journalistes malagasy. Venus des quatre coins de l’île, ils ont participé à un bootcamp intensif organisé par ILONTSERA, avec le soutien de l’UNESCO à travers le Programme International pour le Développement des Médias. L’objectif ? Apprendre à enquêter sur les sujets environnementaux les plus chauds : déforestation, coupes illicites de bois précieux, trafics d’animaux et gestion de l’argent du tourisme.

Pendant une semaine, le rythme a été très dur. Debout dès 6 heures du matin pour un échauffement physique, les journalistes ont alterné entre cours théoriques en salle et longues marches sur le terrain, de jour comme de nuit. Ils ont appris à utiliser l’OSINT (la recherche d’informations cachées sur internet) et à structurer un « Fichier Maître » pour stocker toutes leurs preuves. Face au froid d’Andasibe et aux pannes de courant qui ont grillé le vidéoprojecteur, l’équipe d’ILONTSERA a dû se battre au quotidien, partageant des box internet mobiles entre les groupes pour que le travail ne s’arrête jamais.

Le vrai parcours du combattant : l’accès à l’information

Si le terrain a fatigué les corps, c’est la recherche de la vérité qui a le plus bloqué les journalistes. Cet atelier a mis en lumière les énormes difficultés de la liberté de la presse à Madagascar. Pour enquêter, il faut des documents officiels et des chiffres à jour. Or, sur place, les journalistes n’ont trouvé que des données incomplètes ou anciennes.

Pire encore, dès que les brigades de journalistes ont posé des questions délicates aux autorités locales, le mur du silence s’est levé. Pour voir les comptes de la commune ou comprendre où va l’argent des tickets des parcs nationaux (le COSAP), les responsables ont refusé de répondre. Leur excuse ? « Il faut une autorisation officielle du pouvoir central à Antananarivo. » Une façon polie de cacher des dossiers confidentiels et de bloquer le travail des médias.

Quand les sources veulent contrôler les journalistes

La liberté de la presse a aussi été menacée par une autre pratique très courante : la réticence et la peur des témoins, mais surtout la pression des institutions. Pendant la formation, des personnes sources ont carrément demandé un « droit de regard » sur les textes et les futures publications des journalistes avant leur diffusion. Pour l’ONG ILONTSERA et les formateurs, il a fallu rappeler fermement que la presse doit rester indépendante. Accepter qu’une source officielle corrige ou valide un article avant sa sortie, c’est ouvrir la porte à la censure.

Pour se protéger sur le terrain, les journalistes ont appliqué des règles de sécurité strictes : utilisation d’applications de messagerie cryptées pour protéger leurs sources et partage de leur géolocalisation en temps réel avec le staff. À l’arrière, une voiture d’ILONTSERA et des trousses de secours étaient prêtes en permanence en cas d’alerte ou de tension avec des villageois ou des autorités mécontentes.

La suite ? Deux mois de mentorat pour publier

Malgré les blocages, les lignes ont bougé. Une solidarité s’est créée entre les participants. Même si le niveau de départ était très varié et que certains journalistes étaient un peu trop timides ou distraits, les leaders naturels du groupe ont poussé tout le monde vers le haut. Pour décompresser après ces journées stressantes, un grand feu de camp a été organisé le mercredi soir avec des jeux comme « Question pour un Champion » et des jeux de société.

Une semaine ne suffit pas pour boucler une vraie investigation. C’est pourquoi chaque groupe est reparti avec son projet sous le bras. Durant les trois prochains mois, les formateurs vont accompagner individuellement ces 15 journalistes à travers des sessions de mentorat. L’objectif est clair : briser le silence, contourner la rétention d’information et publier de vrais reportages multimédias, rigoureux et courageux, sur l’état de l’environnement à Madagascar.

Pourquoi ce modèle de formation doit absolument être soutenu ?

En fin de compte, ce bootcamp d’Analamazaotra prouve qu’on n’apprend pas l’investigation sur les bancs d’une école, mais en se confrontant aux réalités du terrain. Ce format unique doit continuer et être appuyé pour trois raisons essentielles :

Il brise l’isolement des journalistes : Face à la rétention d’information, aux menaces de censure et aux blocages des autorités, un journaliste seul baisse souvent les bras. En travaillant en brigades soudées et connectées, ils deviennent plus forts et mieux protégés.

Il garantit des résultats concrets : Contrairement aux ateliers classiques qui s’arrêtent après la remise des certificats, ce programme se poursuit durant trois mois grâce au mentorat afin de pousser chaque participant à la publication de ses investigations. 

Il ouvre la voie à une presse plus inclusive : En protégeant les sources par le cryptage et en adaptant la logistique pour intégrer tout le monde, ILONTSERA prouve que l’investigation n’est pas réservée à une élite.

Soutenir ce genre d’immersion, c’est donner aux journalistes malgaches les armes nécessaires pour contourner les pièges de la censure, défendre la liberté de la presse et, enfin, lever le voile sur les urgences qui menacent l’avenir du pays.

Ialivola RAMANANJATO